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Greenland Nordic Ski Expedition 2014 – Memory 1 / 7 – Beaten by the weather

01 May 14

Next episode to be released on May 2nd, 2014.

Carnets de voyage (sorry, only in french) :
Attention, il s’agit là uniquement de notes quotidiennes prises au cours de mon périple. Il n’y a rien de réfléchi, comme c’est écrit sur l’instant, donc à prendre avec des pincettes. C’est là uniquement pour les plus curieux qui ne sauraient se contenter des photos.

Samedi 29 mars 2014 :
L’attente. La météo semble pourtant agréable en Islande d’où nous décollons, mais notre vol pour Kulusuk, Groenland, en n’est pas moins annulé. Les conditions sont sûrement plus déchaînées de l’autre côté de l’océan. Une nouvelle tentative est planifiée pour demain matin ; une journée supplémentaire à l’hôtel en attendant.
Après avoir passé ces dernières heures à se préparer physiquement et mentalement au grand départ, il semble étrange de se retrouver là, bloqué au beau milieu de la civilisation. Je profite de cette parenthèse pour me reconnecter au monde, lire l’actualité, écrire des emails… tout en me déconnectant par la même occasion de mon expédition à venir. Me rapprocher de mon groupe me permet de me remettre dans l’ambiance ; écouter leurs aventures passées me fait voyager avant l’heure.
Mariano est mon nouvel idole. Cet argentin de 33 ans a passé ces dix dernières années sur bateau à organiser des expéditions d’Arctique en Antarctique. Également historien des régions polaires, il est une source intarissable d’anecdotes et autres passionnants récits d’exploration.
Geoff, australien de 60 ans, est un ex-vétérinaire en reconversion dans la mécanique d’hélicoptère. Mirek est un polonais de 59 ans travaillant dans la production industrielle et distribution de Gaz tel que l’oxygène, hydrogène…
Le groupe est complété par Anne, en poste dans l’environnement, et Sharon, physiothérapeute, toutes deux dans la fin quarantaine et en provenance d’Alaska.
L’ensemble de l’équipe semble avoir l’expérience des conditions polaires et de la pratique du ski. Maintenant, tout est de savoir dans quel état physique et psychologique allons nous être après deux semaines sur la glace à tirer un traîneau. J’imagine qu’on devrait bientôt en avoir la réponse si on réussit à partir demain!

Dimanche 30 Mars 2014 :
La météo nous laissant un peu de répit, on a enfin pu faire vol pour le Groenland. Note pour la prochaine fois : penser à rendre les clefs de l’hôtel avant de monter dans le taxi pour l’aéroport… encore heureux que le chauffeur est accepté de bien vouloir jouer les facteurs!
L’arrivée à Kulusuk prend une toute nouvelle ampleur comparé à mon précédent séjour en été. Le village enneigé est de toute beauté. Malheureusement il fait chaud, trop chaud. Des températures positives ne sont pas synonymes de bonnes conditions de ski ; on n’a quand même pas traversé la planète pour venir se mettre en maillot et faire trempête!
Notre guide anglais, Dave, me reconnaît du premier coup à l’aéroport, grâce aux photos que j’avais prises en 2010 lors de ma précédente expédition avec Pirhuk. Il avait d’ailleurs par la suite entrepris le même trek que j’avais réalisé à l’époque avec Émilie, et depuis continué à guider dans la même compagnie aux côtés de Matt et Helen. On sympathise donc rapidement, et du haut de ses 30 ans, il a l’air aussi aimable que professionnel.
Dernières préparations techniques, de quoi se familiariser avec l’équipement, tester tentes et réchauds. L’occasion également de faire la rencontre du dernier membre de notre équipe. Travaillant pour une université de Fairbanks, Alaska, Eric est un océanographe étudiant les bactéries présentes dans la neige. A ce titre il procède à une multitude de prélèvements aux quatre coins de l’Arctique. Nous voilà donc au complet pour débuter nos aventures. Quant à ce soir, on dort à Kulusuk dans une des maisons de Georg, l’amical chasseur Inuit à qui on devait déjà beaucoup de la logistique en 2010.

Kulusuk Sunset, Greenland

Lundi 31 Mars 2014 :
Comment mieux commencer la journée qu’en faisant le point sur le stock de nourriture à emporter avec nous ? Nourriture déshydratée de qualité, fromage, charcuterie, tablettes de chocolats, barres de céréales, biscuits, fruits secs et innombrables remontants… Pirhuk n’a une fois de plus pas lésiné sur les moyens pour nous garder motivés. L’ensemble pèse lourd, mais je prends malgré tout quelques suppléments, y compris un gros bloc de beurre, histoire de me faire plaisir. Cela fait partie de ces moments de l’année où je m’autorise à manger comme trois, sachant que je dépense autant en énergie derrière… ou pas. Mais qu’importe.
Après midi ski, mais sans traîneau pour le moment. 3h30 de vadrouille avec l’ensemble de l’équipe histoire de prendre ses marques et effectuer les derniers ajustements de matériel. Une météo au final assez désagréable avec un vent de face fouettant un mélange de pluie neige du fait de températures trop élevées et des bourrasques menaçant régulièrement de nous faire perdre l’équilibre. Le Groenland ayant la réputation de ne pas faire de cadeau en hiver, j’imagine qu’il s’agit d’une bonne mise en bouche.
Au niveau des performances de l’équipe, Eric et Mariano ont une cadence solide. Anne préparant une course à ski en février prochain a un rythme soutenu. Sharon s’est malheureusement blessée à la main deux jours avant de venir, ce qui semble entraîner des difficultés. A ce stade j’avoue être assez inquiet, cela pouvant représenter un risque pour l’ensemble du groupe si ça venait à empirer. Mirek tient le rythme, un peu en retrait. Geoff suit à l’arrière.
Quant à Dave, en tant que guide, il assure. Pour ma part, je suis ravi d’avoir eu mon entraînement préalable en Islande! Je suis beaucoup plus confiant et à l’aise, tout en parvenant à garder un bon rythme de croisière.
Ma difficulté est néanmoins de ne pas avoir eu la possibilité de tester mes chaussures à l’avance. Elles sont donc aussi neuves que rigides, m’offrant le luxe d’une variété d’ampoules pour chaque pied. Sans jour de repos planifié avant la fin du séjour, j’ai intérêt à faire en sorte de les protéger au maximum pour que cela ne devienne pas un handicap quotidien. Je passerai donc le temps qu’il faudra chaque matin pour appliquer bandages, compresses et talc histoire de garder ma pièce d’équipement la plus importante – mes pieds – dans des condition optimales. Ou plutôt limiter les dégâts autant que possible.
Nouvelle nuit au chaud à Kulusuk. Je réarrange mes affaires une dernière fois en m’assurant que tout est stocké en sachets hermétiques et je me débarrasse des emballages inutiles de nourriture. Essayer d’agencer l’ensemble de manière logique et efficace pour faciliter ma routine sur la glace pour ces deux prochaines semaines. A supposer que tout se passe comme prévu, ce qui n’est jamais le cas. Mais au fond, c’est bien pour cela que je suis ici aujourd’hui : l’Aventure. Il n’y a plus qu’à!

Expedition food, Pirhuk, Greenland

Mardi 1er Avril 2014 :
Une violente attaque d’ours polaire a frappé le début de notre expédition. Cherchant à nous protéger, Dave s’est vu projeté telle une vulgaire marionnette pour finir dans un bain de sang sous nos yeux atterres. Encore à distance raisonnable du village, des chasseurs locaux sont rapidement venus à notre renfort. Heureusement que tout cela a eu lieu un premier avril! On peut donc mettre cette histoire sur le compte d’un poisson et revenir à la réalité.
On a quitté Kulusuk vers midi, prenant la direction du Nord. Une météo mitigée mais au final pas trop de vent, ce qui reste appréciable pour nos premiers moments à traîneau. Par traîneau ou “Pulka” comme ils l’appellent ici, j’entends skier comme d’habitude si ce n’est que l’on tire chacun un petit traîneau en plastique d’une quarantaine de kg en plus de notre sac à dos. Il s’agit là de la solution la plus efficace pour emporter en une fois tout le nécessaire de survie pour l’ensemble de notre séjour.
Avec moins de trois heures d’effort aujourd’hui il est difficile de déjà tirer des conclusions, néanmoins la charge semble surprenamment raisonnable. Encore heureux, dans le sens où pour la traversée de l’icecap il sagit de deux traîneaux soit environ 80kg à tirer derrière sois…
On n’a pas brillé d’efficacité pour ce premier campement qui nous aura bien pris trois bonnes heures à établir. Entre les 4 tentes à monter, le mur de glace à ériger pour nous protéger des intempéries, l’édification des toilettes et la mise en place du trip wire – périmètre de sécurité anti ours polaires -… cela n’a l’air de rien, mais dans le vent et la neige pour une équipe inexpérimentée… il faut du temps!
L’occasion des premiers apprentissages par l’erreur, même si on s’en passerait bien. Un groupe ayant mal attaché leur sac de tente en montant cette dernière, a pu assister impuissant à son envol sur la banquise. Il ne sert à rien de courir, avec un tel vent le tissu orange s’effaçait dans l’horizon en moins d’une minute. Il s’agit là d’erreurs qui ne sont pas tolérables dans un tel contexte. La même mésaventure avec autre chose de plus important qu’un accessoire de rangement entraînerait la fin immédiate de l’expédition, avec risque de mise en danger de l’ensemble du groupe.
Autre leçon, le froid. Alors que tout allait bien en skiant, cela a été une toute autre histoire en montant le camp. Des gants trempés à travailler dans la neige ne sont pas un bon accessoire lorsqu’il vente et que les températures baissent. Le sang se retire des extrémités… mes doigts se refroidissent encore plus. Lorsque je parviens finalement à refaire circuler le précieux liquide dans l’ensemble de ma main, le réchauffement brutal des tissus congelés entraîne des douleurs brûlantes à en pleurer. Quelque chose à laquelle je n’ai pas l’intention de m’habituer et auquel je vais devoir porter la plus grande attention pour intervenir à l’avenir dès les premiers signes pour éviter d’en arriver jusque là. Que ce soit en gardant toujours une paire de gants au sec, ou même la simple réalisation de petits exercices pour forcer le sang a retourner dans les extrémités dés qu’il s’en échappe – le “moulin à vent” ou le “pingouin” comme dirait Dave -… ce sont des habitudes importantes à intégrer dans ma nouvelle routine.
Une tempête est attendue dans la nuit. Nous sommes tous confinés dans nos tentes alors que le vent se lève menaçant sans relâche nos abris de toile. Pour ajouter à l’expérience, notre sommeil est prévu d’être entrecoupé par “bear watch”. La menace des ours polaire étant plus que sérieuse, il est de précaution de monter la garde toute la nuit à tour de rôle. Ainsi, le reste de l’équipe peut s’autoriser un sommeil serein… encore faut il le trouver avec toute la cacophonie de la tempête groenlandaise.
Quatre degrés au dessus de zéro dans la tente, ce n’est pas encore le paradis, mais être à l’abri des éléments semble malgré tout un luxe. Par contre, lorsqu’il s’agit de faire sécher ses vêtements trempés, il n’y a pas trente six solutions. Le radiateur humain reste la seule alternative. Chaussettes, gants, compresses et autres bandages… tout ce qui est mouillé – et qui malheureusement ne sent pas la rose – finit soit sur mon ventre, soit sur mon dos. Avec moi au chaud dans mon sac de couchage, le direct contact avec ma peau permet de tout sécher en quelques heures. Ou du moins enlever la majorité de l’humidité. Je suis également aidé par ma chaleur liquide ; dans de telles conditions et avec le périmètre de sécurité en place, il n’est pas très motivant d’aller satisfaire une envie pressante en plein air. Ma gourde fera l’affaire, à partir du moment où je ne me trompe pas de gourde. Après je n’ai plus qu’à m’en servir comme une bouillotte dans mon sac de couchage. Amis de la poésie, bonne nuit !
Note personnelle : Penser à ne pas confondre mes voisins ronfleurs avec un ours polaire.

Cloudy mountains, Greenland

Mercredi 2 Avril 2014 :
La nuit passée aura été mouvementée. La tempête n’a pas lésiné sur les moyens, chaque attaque de vent ramenant la même interrogation : est-ce que la tente va tenir le coup ? J’ai eu la chance d’hériter d’un tour de garde matinal, bien qu’au fond, je n’ai pas tellement dormi le reste du temps non plus. Particulièrement aux aguets donc de 5h à 6h, pistolet à fusées éclairantes en main, sortant la tête régulièrement en quête de monstre polaire. Dans le blizzard, tous les démons sont blancs de toutes façons!
On a survécu la nuit, pour apprécier une tempête tout aussi active au matin. Qu’à cela ne tienne, pas question de lever le camp dans ces conditions, on opte donc pour une journée repos. Partageant les lieux avec Geoff, nous nous retrouvons tel un vieux couple dans une chambre d’hôtel trop petite, barbe et transpiration en prime. Autant dire qu’il n’en faut pas trop pour nous faire sortir prendre l’air, aller consolider notre habitation et renforcer notre mur de glace. Le reste du temps voit défiler une alternance de lecture, films – tant que les batteries du smartphone tiennent… – et longues tentatives de séchage vestimentaire. Tout cela est de bon entraînement ; il n’empêche qu’on ne peut qu’espérer une baisse du vent, des températures, et le retour du soleil dans quelques jours. Rien que ça! On peut bien rêver, mais il faut avouer que ce serait quand même idéal si on veut continuer notre périple…

Jeudi 3 Avril 2014 :
Mes chaussettes sales sur les épaules, entre ma peau et mes vêtements. Mes bandages usagés pour les pieds sur le ventre. Mes gants aussi trempés que glacés sur le dos. Le tout enfermé bien au chaud sous ma veste… en temps normal je trouverai cela étrange, ici cela ne me surprend même plus. Passer une demie heure à me demander comment je vais m’habiller, si cela vaut le coup de mettre ces gants bien chauds qu’il m’aura fallu toute la nuit à sécher, puis passer une nouvelle demie heure à enfiler ma tenue et mettre mes chaussures…. là non plus, cela ne me surprend plus. Espérer d’avoir envie d’uriner pour pouvoir se soulager dans une bouteille et la mettre aussitôt dans mon sac de couchage pour se blottir contre elle en dormant… une évidence. Se recouvrir de trois couches de vêtements pour aller assouvir une grosse envie, dehors, dans le froid et la neige, tout en devant jouer à un soute mouton préalable par dessus un système de détection d’ours polaires, avant d’arriver à un trou dans la glace faisant office de trône quelque peu protégé du vent par un mur de neige… une logique à l’état pur. Etre réveillé à 3h du matin par un barbu australien de 60 ans, dormant à 10 cm de moi, me passant un pistolet à fusées tout en me déclarant “C’est ton tour”… cela pourrait faire peur dans un tout autre contexte, mais ici, cela coule de source !
En bref, des vacances par excellence, rien n’aura été oublié.
Si ce n’est la météo. A part le vent s’étant quelque peu apaisé, peu d’améliorations sont à noter. Laissant le campement en l’état, nous sommes partis en randonnée légère à ski pour explorer les environs. Au retour, on a eu le plaisir de croiser par hasard Matt sur la banquise, revenant d’une autre expédition. Depuis 2010 que je discutais avec le guide à la tête de la compagnie d’expédition groenlandaise Pirhuk responsable de l’ensemble de mes séjours, cela fait plaisir de pouvoir enfin associer un visage au nom. Chaleureuse et brève poignée de main avec promesse que l’on fera proprement connaissance en Août lors de nos prochaines aventures ensemble. En attendant, encore faut il finir se séjour.
Les dernières nouvelles suggèrent un changement de plan d’attaque: Lever de camp demain matin, retour au village, séchage de l’ensemble de notre équipement, préparation physique et psychologique à la pluie, puis nouveau départ sur la banquise pour sept jours d’expédition. Dave va devoir également décider du sort de Sharon. Sa main ne s’étant pas arrangé, la situation devient inquiétantes. Matt et Dave semblaient concernés cet après midi, autant pour sa santé que la bonne réussite de l’expédition. De son côté la blessée ayant un fort caractère et de part son métier de physiothérapeute, il n’est pas évident de lui faire entendre raison. A voir donc comment cette situation va évoluer…

Vendredi 4 Avril 2014 :
Comme convenu, nous avons plié bagages ce matin pour rentrer sur Kulusuk. Il n’aura pas arrêté de pleuvoir toute la nuit. La météo cette année est des plus surprenante. Il devrait faire froid et sec, il fait “chaud” et humide. Un dernier coup d’œil à notre mur de glace qui une fois de plus n’aura pas résisté bien longtemps malgré les trois rangées d’épaisseur ; accusons donc le climat plutôt que nos soit disant talents laissant à désirer en matière d’architecture polaire !
A midi au village, le reste de la journée s’enchaîne avec une session de séchage intensif – au poêle cette fois-ci – et de gavage alimentaire agrémenté de vin rouge et de cornets de glaces pour le moral. Il nous manquerait plus que la douche pour se croire en pleine fin d’expédition, mais pourtant, nous repartons de plus belle demain matin. Sachant à quoi s’attendre, on n’a pas l’intention de se faire avoir par la pluie une nouvelle fois!
Sharon est venue me voir tout à l’heure en m’offrant sa nourriture. Sur le coup je n’ai pas compris, avant qu’elle ne m’annonce, les yeux en tristesse, qu’elle quittait l’aventure… Je ne m’attendais pas à ce qu’elle prenne une telle décision elle même, sans que quelqu’un ne la force. Néanmoins, sa main ayant tellement gonflé, elle peine à enfiler ses gants, devenant désormais un véritable danger. Sans voix, je ne peux que respecter et apprécier le courage de son choix vis à vis d’elle même et du reste de l’équipe. Par solidarité, son amie Anne quitte également le navire. On ne se retrouve donc plus qu’à 6, guide compris, pour terminer cette aventure. Désormais en l’absence de sexe fort à bord, nous voilà bien mal barré !

 
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Posted in 2014 : Greenland the 01st of May, 2014

 

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