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Technical Mountaineering Course, Southern Alps, New Zealand

08 Feb 14

Carnets de voyage (sorry, only in french) :
Attention, il s’agit là uniquement de notes quotidiennes prises au cours de mon périple. Il n’y a rien de réfléchi, comme c’est écrit sur l’instant, donc à prendre avec des pincettes. C’est là uniquement pour les plus curieux qui ne sauraient se contenter des photos.

Samedi 1 Février 2014 :
Pas le temps pour une grasse matinée avant d’attaquer ce deuxième module. Je suis sensé être à 8h30 précise au centre d’Alpine Guides.
Une nouvelle équipe et un nouveau guide. Andy “Tinny” nous montrera le chemin et je serai cette fois accompagné de Michael (allemand, étudiant en médecine), Antoinette (kiwi, agent immobilier) et Ben (australien, professeur d’activités en extérieur). On ne perd pas de temps ce matin et vers onze heures on est à l’aéroport. La bonne nouvelle est que cette fois-ci on va être basé à Kelman Hut, à savoir à 2450m. D’une, on gagne ainsi 600m d’altitude et autant de bonheur par rapport à Mueller Hut. De deux, on économise le temps qu’il nous faudrait pour s’y rendre et y revenir, en le remplaçant par un allez-retour en hélicoptère. Rien de tel qu’un vol au dessus des Alpes du Sud pour commencer une nouvelle aventure. Maintenant on commence à parler !
Une fois déposé au milieu du glacier, quinze petites minutes de marche nous amène jusqu’au refuge où on décharge l’ensemble du matériel et autre provisions. On en laisse la moitié en vrac, le temps de s’occuper de nos sacs et de se mettre à l’aise sous les conseils de Tinny… cela peut bien attendre un peu. On profite donc de la vue pendant que notre nouveau savoure une roulée au soleil… je ne sais pas pourquoi, mais j’ai un bon feeling à propos de ce module!
Déjà la moyenne d’age est beaucoup plus élevée et je sens que l’on est plus responsabilisés. Il n’a pas été question cette fois-ci de fouiller nos sacs pour nous dire ce qu’on ne devait pas emporter. Il nous a conseillé en prenant son sac en exemple, après le reste relève de notre propre chef. Dans l’absolu, je dois avouer que je suis quand même parti plus léger que la semaine dernière en me débarrassant de ce qui ne m’a pas servi. Vu qu’on est sensé se retrouver dans une formation plus intense et que je suis sûrement celui ayant le moins d’expérience, j’ai envie d’être au meilleur de mes capacités pour ne par faire défaut au groupe.
L’après midi a été assez tranquille, révision des techniques d’arrêt d’urgence, quelques encordages et tour du matériel.
Ma seule crainte ce soir est d’avoir effectué un faux mouvement lors d’un exercice cet après midi, provoquant une sorte d’élongation musculaire dans ma cuisse. J’espère vivement que ce sera remis avec une bonne nuit de sommeil. Je ne sais pas si cette dernière sera longue cependant, on a été prévenu qu’on pouvait être réveillé à n’importe quel moment à partir de 4h du matin, en fonction des conditions météo, dans le but de tirer le meilleur de chaque journée quand la neige est dure comme la roche. Autant que je ne tarde pas. La suite demain.


Dimanche 2 Février 2014 :
Quelle journée ! Déjà, les points positifs. Niveau santé, le petit cocktail au paracétamol accompagné d’un bon repos semblent avoir remis ma jambe en état. Niveau crève, ce n’est pas fini, mais les bronches semblent moins prises tout en arrêtant de moucher cette substance verte alien qui m’ensorcelait depuis plus d’une semaine.
Niveau météo, les conditions ont été parfaites. Le fraîcheur nocturne a offert une neige aussi ferme que souhaitée. Et malgré un départ tardif à 7h30 pour un réveil à 5h30… on a pu quand même bien en profiter. Une belle balade sur le Tasman Glacier éclairé par les couleurs chatoyantes du lever de soleil, sans parler de la vue sur toute la chaîne de montagne jusqu’à l’océan de la côte Ouest. L’occasion également de pratiquer le déplacement sur glacier avec l’encordage anti-crevasses ; tout pour retenir son partenaire en cas de chute. Mais aussi la révision des techniques pour assurer son partenaire au cours des ascensions et mettre les bons points d’ancrages correspondants à chaque type de neige. Tout une caisse à outils et autres techniques que l’on va pouvoir mettre en pratique demain pour notre premier sommet.
En tous cas, il n’y a pas à dire, c’est vraiment un régal. Que ce soit l’équipe, le guide, ou le niveau de difficulté, tout semble au mieux de mes attentes jusque là. C’est fatigant, certes, mais pour le moment j’arrive à encaisser sans être complètement à bout en rentrant, et surtout le terrain de jeu où on évolue est magnifique. On se croirait vraiment au milieu des très hautes montagnes.
De retour à 15h30, on a pu profiter du reste de la journée pour se détendre un peu. En réalité, le temps passe à une vitesse folle. Entre les taches ménagères, la préparation du lendemain, les révisions et autres incompris du jour… il est presque 22h quand j’écris ces lignes. Une dernière photo de lever de lune… et au lit!


Lundi 3 Février 2014 :
“Feeling light, feeling strong. Feeling light, feeling strong…”.  Mes pieds ne toucheront la neige qu’une fraction de seconde avant d’enchaîner sur un nouveau pas. Il est encore tôt, la température est favorable. Le sol ne va pas se dérober sous moi.
Je suis entouré de crevasses aussi profondes qu’un immeuble. Je suis à la tête du groupe. Je dois continuer d’avancer. Effacer la peur ou les doutes. Juste avancer en toute confiance. Si je tombe, mon partenaire me rattrapera. Si la glace craque, mon équipement me retiendra. Juste continuer d’avancer. Un petit pas après l’autre. “Feeling light, feeling strong.”
3h10 du matin. Je me réveille pour assouvir une envie pressante. Le thé de la veille a une fois de plus eu raison de moi. Il y a bien un pot de chambre pour éviter de sortir, mais il ne fait pas si froid. Et la vérité est que je veux voir le ciel. Voir si c’est dégagé. On est sensé faire l’ascension de Mt Aylmer dans quelques heures, mais tout dépendra des conditions météo. Heureusement, cette nuit la voie lactée est en spectacle. Aucun nuage à l’horizon. Tout est parfait.
5h20, Tinny nous réveille. La météo a viré du tout au tout. C’est fichu pour aujourd’hui. Je ne comprends pas ce qui s’est passé. Tout était idéal il n’y a même pas deux heures. La déception m’emporte.
“Wake up boys!”
Il est 5h30. Tout cela n’était qu’un stupide cauchemar. Les conditions sont parfaites.
Nos préparatifs matinaux précédents ayant duré plus que de raison, sans compter que j’ai souvent besoin de temps le matin, je m’active dans tous les sens pour ne pas perdre la moindre minute.
6h10, je suis remonté comme un chien de traîneau au réveil. Tinny demande si je suis au courant du nouveau plan, le reste de l’équipe assis autour de lui. La réalité est que Ben n’arrive pas à dormir pour la deuxième nuit consécutive et Antoinette est brûlée aux lèvres façons UVs néo-zélandais, à savoir 40% plus violent qu’en Europe. A quoi bon partir là-haut si on n’est pas au meilleur de notre forme. Aucun de nous n’a envie de faire demie tour à mi-chemin. On reporte donc l’ascension en espérant que la météo nous offrira une nouvelle opportunité.
Par contre, pas question de se tourner les pouces pour autant. On va descendre le Tasman Glacier pour trouver des parois à l’ombre, autrement dit de la glace bien ferme, où pratiquer l’escalade sur glace.
On repousse le départ à 7h30, n’ayant plus le stresse du sommet. Tinny me dit de ne pas m’embêter avec la vaisselle, ça attendra bien notre retour. Pas question, maintenant que j’ai une heure d’avance… je ne vais pas partir sans que le refuge soit propre et rangé.
Environ 60 minutes de marche nous séparent de notre terrain de jeu, et je reprends la tête de l’encordée pour traverser le glacier, suivi de Tinny et Ben, ainsi que Michael et Antoinette sur une deuxième corde. La neige n’est pas aussi solide que j’espérais tout en restant acceptable. Par contre, les crevasses sont diablement intimidantes. Elles sont partout, certaines visibles, d’autres camouflées par la fraîche poudreuse. Certaines dont on voit le fond, quant à d’autres… c’est le noir total. Nul sait à quel point elle s’enfonce dans les profondeurs, mais je ne suis pas pressé de le découvrir. Par chance je parviens à guider l’équipe à destination sans trop de frayeur. Deux ou trois fois le sol s’est dérobé sous mes pieds, mais à chaque fois j’ai été retenu à la taille et pu m’en extraire facilement.
Après une petite pause, on attaque l’escalade sur glace.
La faculté de pouvoir grimper une paroi purement verticale et complètement lisse est saisissante. La magie du piolet et du marteau. Malheureusement mes mauvaises habitudes reviennent. Je grimpe trop avec mes bras sans me reposer suffisamment sur mes jambes. Ma première paroi est catastrophique ; je tombe à plusieurs reprises, tout en restant heureusement assuré. Mes bras sont tétanisés une fois arrivé en haut.
J’essaye une deuxième fois en me concentrant sur ma technique et cette fois-ci j’y arrive du premier coup en m’essoufflant moins. Je continue sur ma lancée, mais la fatigue s’accumulant et suite à une baisse de ma concentration, je ne trouve rien de plus malin que de me donner un coup de marteau dans la bouche en le retirant de la glace. Je redescends pour constater les dégâts. Heureusement mes dents sont toujours en place. Seule ma lèvre supérieure a pris. Au moins… je me souviendrais d’où vient cette cicatrice!
Je me re-encorde et reprend l’entraînement. Vers midi, tout le monde commence a être épuisé alors que la neige se transforme en bouillabaisse impraticable.
Tinny a fait la découverte d’une magnifique cave dans la glace. On va profiter de la vue quelques instants, prendre quelques clichés, refaire le plein d’énergie et il est temps de rentrer au refuge. Cette fois-ci, le glacier n’est plus dans le même état qu’au matin. Le soleil fait fondre le moindre grain de poudreuse. Les risques de finir dans une crevasse sont élevés.
On s’encorde donc tous les cinq ensemble. Michael prend la tête, le reste de l’équipe est aux aguets. Je suis ravi de ne pas être en premier cette fois-ci. Je commence à fatiguer et mon massage métallique à coup de marteau n’a pas arrangé mon état. J’ai bien pris un gros morceau de chocolat pour me remonter le moral, mais il n’empêche que je me languis de m’allonger à l’ombre du refuge.
Un pas après l’autre, petit à petit, sans s’arrêter tout en gardant un rythme constant, on remonte le glacier. Chaque approche de nouvelle crevasse soulève les mêmes questions et entraîne les mêmes réflexes. Michael va t’il s’enfoncer ? Je dois me préparer à le retenir si tel était le cas. Il y passe en effet plusieurs fois, mais qu’une seule fois seulement où il n’est pas capable d’en sortir seul et où on doit l’en extraire.
Une heure trente plus tard, on arrive à destination. L’occasion d’un bon remontant : gâteaux, thon, fromage, boisson rafraîchissante. Au fond, Tinny a raison, ce n’est pas dramatique de tomber dans une crevasse à partir du moment où on est assuré. Les chutes sérieuses sont rares. Il n’empêche que ça intimide la première fois et que nous sommes tous vidés de notre énergie. Une bonne sieste à l’ombre pour tout le monde aura souligné un après midi de détente on ne peut plus mérité!
Un nouveau délicieux repas préparé cette fois par notre très attentif guide et nous revoilà à réviser les techniques d’ascension et de rappel dans le refuge. Sous entendu, on descend l’escalier encordé, on s’assure à la gazinière, bref, c’est assez folklorique.
Tout le monde est bien fatigué, guide compris, et l’attention baisse. On lève donc la journée en espérant que tout va solidement s’encrer dans nos cerveaux respectifs au cours de la nuit. Demain annonce une nouvelle belle journée malgré des vents de 50 km/h. On planifie donc une nouvelle tentative d’ascension d’Aylmer. En espérant que la nuit n’apporte pas de mauvaise surprise… et que le sommeil soit réparateur musculairement et articulairement.


Mardi 4 Février 2014 :
“You’re ready buddy ?” Je ne sais pas si je suis vraiment prêt. Cela n’a jamais été naturel de me jeter dans une crevasse. C’est comme dans les dessins animés où au cours d’une course poursuite, le personnage dépasse une falaise et continue à avancer sur un sol invisible plutôt que de tomber. Je ne crois pas vraiment avoir ce super pouvoir. Après j’imagine que la situation est similaire à la chute libre ; il faut avoir confiance en son équipement, surtout ne pas commencer à se poser trop de questions et installer le doute. Tinny me propose en premier de me jeter dans ce trou de glace que l’on vient juste de trouver ; j’imagine qu’il me fait donc confiance pour en sortir en un seul morceau. Du coup, lorsqu’il me propose de laisser mon sac à dos derrière si je souhaite être plus à l’aise, je décline l’offre bien motivé à ne pas le décevoir. Après tout, qu’est-ce qui peut bien m’arriver ? Je suis assuré, la corde est tendue, au pire je tombe de quelques centimètres. Je respire un grand coup. J’avance vers le gouffre comme si de rien n’était. J’imagine un sol invisible.
D’une seconde à l’autre me voilà entraîné dans une chute plus longue que de raison avant de frapper de plein dos sur un des rebords de la crevasse, deux ou trois mètres plus bas.
Je ne comprends pas ce qui vient de m’arriver. Je regarde autour de moi, cherchant des réponses. Je suis en effet toujours assuré, mais sous l’effet de mon poids et d’une neige fondante d’un après midi ensoleillé, la corde s’est enfoncé profondément dans le sol. En conséquence, j’ai eu la “chance” de pouvoir tomber aussi bas. Ayant gardé mon sac à dos, j’ai malgré tout eu le confort d’atterrir dessus tel un airbag géant. Tinny me demande si tout va bien. Affirmatif. Il est temps pour moi désormais de me sortir de ce trou.
5h du matin. J’entends le vent souffler à toute allure, frappant sans merci les fenêtres du refuge. Tout le monde dort encore. Je jette un œil vers l’extérieur, le ciel a l’air d’être dégagé. Je tends l’oreille, pas de signe de Tinny. Je referme l’oeil.
6h, toujours le calme plat au refuge. 07h, même histoire. Je me résigne à l’idée que notre ascension a été annulée. Je me rendors.
07h30, j’entends des bruits de pas. Je m’habille pour voir ce que Tinny a en tête. Le vent en effet trop violent a compromis nos espoirs de grimpe pour aujourd’hui. Je n’ai pas le temps d’afficher ma déception qu’il me propose des pancakes, des oeufs et du bacon en guise de petit déjeuner. Cela change des céréales en quatrième vitesse. J’accepte la consolation et mange plus que de raison. On passe une bonne partie de la journée à s’entraîner en intérieur. Descendre en rappel l’escalier, s’accrocher aux poutres et revoir les différentes techniques de sauvetage en crevasse. Une fois la neige bien fondue par la chaleur du jour, on se met en marche sur le glacier. Autrement dire, autant jouer à la marelle en plein terrain miné. Heureusement, non loin de là, notre guide identifie une crevasse parfaite pour notre mise en pratique.
La suite, c’est bibi se retrouvant quelques mètres plus bas à essayer de remonter à la surface. Cela m’a bien pris vingt minutes d’acharnement avant de me résigner et accepter l’aide d’en haut pour littéralement me tirer d’affaire. La corde étant tellement prise dans le sol, cela demandait beaucoup d’efforts pour creuser une tranchée autour et progressivement me hisser vers la surface.
Une fois sur la neige ferme, une petite illumination sème le doute dans ma tête. Mon tout nouvel appareil photo que j’aime tant se trouvait dans le sac à dos sur lequel je me suis écrasé quelques minutes plus tôt. Et si… ?
Je sors mon bébé pour analyser l’état, tout en essayant de ne pas mettre de neige partout… pour finalement me rendre compte qu’il n’a pas reçu le moindre impact. A croire que mon petit système de papier bulle couplé à un dry bag gonflé d’air ne fonctionne pas si mal en guise de caisson de choc pour électronique. A que cela ne tienne… je retourne dans la crevasse, mais pour prendre des photos cette fois-ci. Descente en douceur avec le soutien de l’ami Ben ; une chute par jour, c’est bien suffisant.
Tout ceci nous fait prendre de plus en plus confiance en nos capacités, notre équipement et l’équipe qui nous entoure. C’est un plaisir d’apprentissage, je ne cacherai pas qu’il s’agit là du genre d’aventures que j’espérais et Tinny nous y guide à merveille. La quantité d’information à retenir est cependant toujours conséquente ; j’ai bien peur qu’il ne me faille plus que ces quelques jours pour tout assimiler.
Demain s’annonce comme une journée très humide, donc on va continuer l’apprentissage en intérieur avec pour espoir de garder jeudi et vendredi comme opportunités d’ascension. Si seulement la météo pouvait revenir en notre faveur. D’ici là, je vais essayer de dormir un peu. Besoin de décompresser de toutes ces émotions.



Mercredi 5 Février 2014 :
5h du matin. Mon premier cycle de sommeil terminé, je suis réveillé avec une envie pressante. En temps normal, je me serai rendormi. D’autant plus qu’aujourd’hui est annoncé comme une journée théorique, donc pas de quoi se lever aux aurores. Néanmoins, la curiosité me pousse à pointer le bout de mon nez dehors, jusqu’aux toilettes. A ma surprise, il n’y a aucun bruit à l’extérieur. Pas le moindre vent. Le ciel est totalement dégagé. Je suis bouche bée vu la météo qui était annoncée. Cela ressemble beaucoup trop au calme avant la tempête. Je retourne me coucher.
6h10, Tinny vient nous réveiller. Calme avant la tempête ou pas, il ne veut pas laisser passer cette chance de sommet. On se prépare donc à toute vitesse.
C’est dans des conditions parfaites qu’on s’attaque à la face sud de Mt Aylmer. Le pic n’est pas bien haut à 2699m, mais cela représente une bonne occasion de mettre en pratique toutes les notions de ces derniers jours. Au fur et à mesure que l’on grimpe, les nuages gris pluvieux nous encerclent de plus en plus.
Cela ne nous prive pas de notre ascension, avec un final sur les coups de midi. La vue de là-haut est magnifique. La chaîne de montagne, la vallée, et surtout le plaisir de pouvoir s’asseoir a cheval sur le sommet, avec littéralement une jambe sur chaque flanc. L’expérience même est une récompense en soi.
De retour au refuge, l’après midi a été placé une nouvelle fois sous le signe de la détente et autres préparatifs habituels des jours à venir. Quelques cours théoriques en bonus, de quoi finir de traiter des points d’ancrages, alors que la tempête nous a finalement rattrapé. C’est en savourant un chocolat chaud qu’on observe la neige tomber à gros flocons dehors. Cela rappellerait presque Noël. Mais pas le temps de rêvasser pour autant. Demain, ce n’est pas pour le sapin et les cadeaux qu’on va se réveiller, mais pour un nouveau sommet à conquérir. Bien qu’après tout, c’est juste une autre forme de cadeau. A la différence que celui là, il n’est pas question d’aller le chercher en pantoufle !


Jeudi 6 Février 2014 :
L’enseignement n’est pas une chose aisée, loin de là. Je l’ai ressenti la semaine dernière avec Dave, je me re-interroge sur la question ce soir. Je reconnais que la question de l’alpinisme n’est pas facile à traiter dans le sens où la moindre erreur peut être fatale. Après, j’estime que chaque individu a une manière différente d’appréhender les formations. Certains auront besoin d’un système rigide pour évoluer, d’autres au contraire de quelque chose de plus souple. Certains auront besoin d’être régulièrement recadré, en haussant la voix si nécessaire, quand d’autres recherchent quelque chose de plus calme et posé.
Personnellement, je ne supporte simplement pas qu’on monte le ton. Je pars du principe que même si le sujet est important, il doit être possible de l’enseigner en gardant son sang froid. Je ne crois pas au rabaissement de l’individu et au négativisme. Au contraire, j’ai espoir qu’en motivant les personnes pour progressivement leur donner confiance en valorisant leurs qualités tout en les aidant à travailler sur leurs défauts, n’importe qui est capable de se surpasser. Et tout cela sans avoir besoin de crier. Après, nous sommes tous humains, avec nos bons et mauvais jours, aussi bonnes soient nos intentions originelles.
Ce matin la météo était parfaite. A 6h30, tout le monde était équipé, prêt à partir pour Hochstetter Dome (2827m). On assiste à un sublime lever de soleil sur la chaîne de montagne, alors que chacun est perdu dans ses pensées, marchant mécaniquement vers la mission du jour. En passant, il s’agit là toujours d’un dilemme solaire dans la tête de l’alpiniste. Dans l’ombre et le froid, tout le monde n’attend que le réchauffement de l’astre orangé. Néanmoins une fois au dessus de nous, c’est la fonte des glaces en un temps record, rendant l’ensemble de l’expédition impraticable. Et ce, sans même parler de l’ouverture des crevasses et des coups de soleil éclair. Tout cela nous empêche pas de nous rapprocher du dôme pour autant, et de commencer l’ascension à proprement parlé. Cordes, marteau, piolets, points d’ancrage… nous voilà parti.
On atteint le sommet sur les coups de midi et demie. Le plaisir d’y être malgré un vent déchaîné et la vue imprenable sont indiscutables. Ce qui est plus frustrant, c’est qu’en route notre cher Tinny a plusieurs fois estimé nécessaire de hausser le ton tout en usant de sarcasmes quand au contraire on avait juste besoin de réconfort et mise en confiance. De mon point de vue, on a mis le nez dans une discipline il y a moins de deux semaines, il est donc évident que l’on va faire des erreurs et ne pas battre des records de vitesse. De son point de vue, après en avoir discuté au soir, il estime que si il a répété quelque chose plusieurs fois, on doit l’avoir assimiler et que c’est suffisamment dangereux là-bas qu’il est de son devoir de nous remettre en place si on fait des erreurs. Ce que je comprends et respecte, bien que je sois triste que cela doive se passer ainsi. Je suis assez primaire dans mon fonctionnement. J’avance plus loin quand on me donne une carotte plutôt que des coups de battons. Qu’importe après tout, comme dit plus haut, nous sommes tous humains, ayant des jours avec et des jours sans (patience). Et je sais que Tinny avait mal dormi la nuit derrière.
Le retour aura été rock’n'roll à cause de notre retard. On s’est retrouvé à traverser un terrain miné de crevasses. Tinny guidait l’équipe sur ce coup là, tous les cinq accrochés à la même corde. A juste titre, car on a eu le droit à une démonstration involontaire. Je vois notre guide, devant moi, tâtant la neige, cherchant un raccourci par dessus une crevasse. Je garde la corde bien tendue pour l’assurer si besoin. Il semble confiant, il s’élance. La scène est digne d’un dessin animé ou d’un vidéo gag si ce n’était pas sérieux. En une micro seconde, il disparaît sous la neige, son bâton de marche volant au dessus de sa tête. Je m’arrête net, chercher à être le plus stable possible dans la poudreuse, pour l’aider à sortir. Mes compagnons en font de même, tirant sur la corde comme des yaks en furie. En réalité, Tinny va bien et il s’en sort sans souci. Comme il dit, “just another day in the office”, tellement c’est courant. Il n’empêche que la situation surprend toujours sur le coup.
Retour au refuge un peu avant 16h, le reste de la journée n’a pas vraiment brillé par notre dynamisme.
Des crackers et du fromage, repos au soleil, un peu de ménage et de vaisselle car ça commençait sérieusement à ressembler à une chambre étudiante là-dedans. Puis dîner et soirée au chaud. De quoi se remettre en forme avant d’attaquer notre dernière journée en montagne. Dur d’imaginer qu’on aura passé la semaine sans voir personne d’autre. Le refuge, ainsi que l’ensemble du Tasman Glacier et les montagnes avoisinantes n’auront été que pour nous. C’est un luxe dont aura bien profité tout au long de ce séjour !


Vendredi 7 Février 2014 :
La question aujourd’hui est de savoir ce que l’on veut faire. Le programme du TMC est dense au point où on ne pourra malheureusement pas tout couvrir. Même si l’idée de construire une sorte d’abri de secours en neige tout en dormant dedans étant plus qu’attractive, c’est notamment un des points qu’on n’aura pas le plaisir de couvrir. La question est également de savoir est-ce que l’on souhaite grimper une fois de plus – et donc faire de la pure pratique – au détriment de nouvelles connaissances, ou inversement. On aurait pu partir pour une nouvelle ascension, mais on a préféré terminer par un cours. Pas n’importe lequel cependant, car il s’agit d’un sujet qui me tient à cœur pour mes prochaines aventures, à savoir l’extraction de crevasses. Si l’autre jour était intimidant, aujourd’hui on est allé jouer avec le grand frère du monstre de glace. Environ deux trois mètres de large, une cinquantaine de long et six à sept mètres de profondeur jusqu’au premier niveau, il y a de quoi s’amuser.
L’avantage étant que maintenant je me sens plus en confiance sachant à quoi m’attendre. J’ai malgré tout laisser mon sac à dos derrière pour éviter une nouvelle chute sur mon appareil photo. Dernières vérifications de sécurité, puis je m’élance dans le vide. La chute surprend toujours, bien que plus en douceur cette fois-ci considérant que je termine suspendu tel un jambon dans un bar espagnol. Ce qui change désormais c’est que ce n’est pas à moi de m’extraire, mais à mon compagnon de montagne, en l’occurrence Ben, de mettre en place un système pour m’en sortir sans que je n’aie à fournir le moindre effort. Alors du coup, je passe une bonne vingtaine de minutes suspendu au bout de ma corde, à profiter de la vue, prendre des vidéos à la GoPro et faire des batailles de boule de neige avec Michael qui comme moi, attend d’être “secouru”.
J’ai évidemment aussi eu à jouer les “secouristes”, et je dois dire que c’est passionnant. Malgré le poids du partenaire attaché à ma taille et suspendu dans le vide, je parviens à basculer la charge sur un point d’ancrage, pour mettre en place un système de poulie 6:1 permettant d’extraire l’individu en toute sécurité sans avoir même besoin de trop forcer. Vraiment ingénieux ce qu’on peut arriver à faire avec une corde, quelques ficelles et mousquetons. Ce sera sûrement une autre histoire le jour où je tomberai dans une crevasse attaché à un traîneau de 200kg, par moins trente degrés… mais je ne suis pas encore dans cette situation. Chaque chose en son temps.
L’expédition sous-terraine terminée, on a continué sur la note secourisme en simulant des recherches de balise en cas d’avalanches. Tout cela nous rapprochant rapidement de 15h30 et de notre retour. L’hélicoptère est venu nous récupérer au milieu du glacier afin de nous ramener au village. On a eu le droit à un vol épique, prenant un petit détour au dessus des montagnes, rasant les sommets plutôt que la voie rapide par la vallée. Splendide.
Une bonne douche pour se remettre des émotions ; après une semaine de transpiration et autres odeurs de yak au point de ne plus se rendre compte que l’on sent mauvais… cela fait toujours plaisir.
Dîner au pub avec l’équipe pour célébrer le retour à la civilisation et demain annoncera le dernier jour de cette formation. Au programme : escalade. D’ici là, repos à la très confortable Unwin lodge.

Samedi 8 Février 2014 :
J’ai du mal à identifier quel a été le point fort de cette journée. Une séance d’escalade grade 15 ou un steak façons Myles. Entre l’effort physique et le réconfort gastronomique, il est dur de choisir. A moins que ce ne soit la confrontation avec la police néo-zélandaise sur fond de course poursuite. Tout est il que j’aurai eu le droit à un final riche en émotions pour clôturer ce TMC – Technical Mountaineering Course.
Après un réveil en douceur, on s’est mis en route pour attaquer une dernière séance de grimpe, mais cette fois-ci au Sebastopol Bluffs, non loin du village. Après plusieurs essais de chaussure, je me résigne à partir en tennis ; j’ai toujours eu du mal à trouver ma pointure en terme de chaussons d’escalade, vue la largeur de mes pieds de hobbit.
Encordé avec Michael, on se lance sur la paroie verticale. En soit, le niveau est plus qu’abordable avec de nombreuses prises, mais malgré mon intérêt, je n’ai jamais excellé dans les parois verticales. Mon défaut principal étant de ne pas utiliser suffisamment mes jambes au détriment des bras, j’ai bien l’intention de le prendre en considération. Tinny essaye de m’encourager avant de partir. Il me répète ce que lui se dit toujours avant de se lancer pour se donner confiance. “Feeling light, feeling strong… feeling light, feeling strong…”
Le premier pitch se passe sans encombre, mais je bloque au début du second. Tout ce que je ne voulais pas avoir, bloqué à la verticale, ne faisant plus confiance à mes pieds… et une jambe qui commence à trembler. J’essaye de me calmer, me détendre, respirer profondément, y aller progressivement, et j’arrive finalement à me sortir d’affaire sous les gentils encouragements de Michael. Le dernier pitch se révèle sans souci et je le termine en douceur afin de pouvoir apprécier la vue sur l’ensemble de la vallée. Une barre de chocolat, quelques photos et il est temps de redescendre en rappel.
Dernières révisions et échanges de trucs et astuces, puis nous voilà de retour au centre d’Alpine Guides. On boucle les formalités administratives de fin de formation, pour la terminer officiellement sur les coups de 16h.
Waouh. Un mélange de soulagement et de satisfaction, la tête encore dans les montagnes, à la vue des deux dernières semaines et de tout ce que j’ai eu la chance d’apprendre. Et surtout de beaux projets pour la suite.
Ma prochaine destination à court terme est du côté des nuages du parc national d’Abel Tasman. De quoi retrouver les plaisirs de la chute libre, sans corde cette fois-ci. N’ayant néanmoins pas la motivation d’enchaîner sur dix heures de route ce soir, j’avais initialement prévu de faire une bonne nuit de sommeil pour partir demain. Je reçois alors un message de Myles m’invitant à dîner et rester chez lui au soir. Habitant à Christchurch avec sa compagne Zoé, je me laisse tenter par l’idée de couper la route en deux, tout en retrouvant mon compagnon de la première formation. A 4h de route, je ne suis malgré tout pas encore arrivé et je ne tarde pas à m’activer.
A dire vrai, je me lance dans une conduite quelque peu au delà de la vitesse limite nationale de 100km/h, histoire de ne pas arriver trop tard chez mon hôte. Vers 19h, je croise une voiture familière venant dans la direction opposée. Mince, police !
Je lâche la pédale d’accélération et laisse le moteur couler tout en dépassant cette dernière. Les yeux rivés dans le rétroviseur, j’observe impuissant ce qui devait arriver. La sirène se met en route, la voiture fait un demie tour en pleine voie et me prend en chasse. N’ayant pas l’intention de faire le malin – sachant que je suis clairement en infraction – je me range sur le bas côté. Monsieur l’officier vient alors me questionner sur ma vitesse. “Vous allez beaucoup trop vite monsieur… vous savez quelle est la vitesse limite ici ?” “Oui, 100km/h…”
Il s’avère qu’il vient de me flasher à 127, ce qui me place à 2km prêt dans la tranche d’amende particulièrement onéreuse. C’est alors que dans la plus grande gentillesse kiwi, l’agent me propose de faire comme si il m’avait pris à 125 km/h, histoire de me faire payer moins cher. “Mais roulez prudemment surtout !”
Il avait l’air presque désolé de me mettre une amende. Cela n’arrive vraiment qu’en Nouvelle Zélande ce genre de réaction ! Un coup de chance en passant que j’aie un permis étranger et anglais, cela me permet également d’éviter la perte de points. Je reprends donc la route dans la foulée, plus calmement cette fois-ci.
A 21h chez Myles, il est trop tard pour aller au restaurant. Ce qui au fond n’a jamais été un problème considérant les grands talents de cuisinier du monsieur. On part dîner dans l’appartement de Zoé et de son amie Emma, ce qui me permet de vite me rendre compte que je suis entouré d’apprentis chefs gastroniques. On se régale autour d’un délicieux steack enrobé de bacon, pomme de terre au four, petites carrotes dorées et salade, le tout servi avec un bon pinot noir. L’ensemble de la cuisson et la préparation est tout simplement excellente. J’en profite pour apprendre comment juger la bonne cuisson d’une viande. Les muscles du pouce permettent en effet, au toucher de la viande, d’en comparer la fermeté, et ce, sans avoir à la piquer, afin d’obtenir une cuisson parfaite bleue, saignante, a point ou bien cuit. Épatant.
J’enchaîne sur une charmante soirée / matinée accompagné de l’adorable couple. Petite visite de Lyttletown et constation de l’état post tremblement de terre de 2011.
Un dernier repas ensemble et il est temps pour moi de reprendre la route. La fin d’une aventure terrienne, le début d’une nouvelle aérienne.


 
15 Comments

Posted in 2014 : New Zealand the 08th of February, 2014

 

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  1. Karine

    17 February 2014 at 13 h 11 min

    tu fais les vidéos comme un pro, on voit que t’es dans le domaine !
    félicitations, c’est tout simplement magnifique et quelle force fréro !! tu m’épateras toujours autant à aller à fond dans tout ce que tu entreprends !!! c’est génial ! éclate toi encore et fais attention à toi
    plein de bisous

     
  2. M&m's

    17 February 2014 at 16 h 21 min

    Ben mon n’veu ! Chapeau, c’est balèze
    La devise de Nicolas Fouquet “usque non ascendam” ne s’applique pas ici, mais fais gaffe quand même
    Bisous et bonne suite
    M&m’s

     
  3. Zefo

    17 February 2014 at 19 h 03 min

    GENIAL !!!!! Je t ai vu tu as failli attraper le spit sur la falaise…. Régales toi bien c est ca la vrai vie !

     
  4. CaYuS

    17 February 2014 at 20 h 17 min

    Karine > Merci frangine, c’est gentil tout plein. De gros bisous à la tite famille!

    M&m’s > je fais attention, je fais attention :)

    Zefo > haha, je ne suis pas très doué en escalade, même quand il y a des prises partout. Mais j’y travaille ! A bientôt mon beau’f ;)

     
  5. clement

    22 February 2014 at 19 h 18 min

    tu fais une formation de sauveteur a chamonix ??? c cool ^^

    des bisous

    et cool le montage sur une musique epic ^^

     
  6. CaYuS

    22 February 2014 at 20 h 11 min

    Clément > haha, c’est presque ça !
    J’essaye de sortir de mon image de chasseur barbu… ;p

     
  7. Line

    23 February 2014 at 11 h 57 min

    Belles images et montage vidéo une fois de plus cousin.
    (une Go Pro ?)
    Ca donne envie de retâter l’ascension d’un glacier ;-)
    Bonne fin de formation et fais attention à toi !
    ++

    ps : on se rapproche “un peu plus de toi” d’ici une semaine. Départ pour le Vietnam et Cambodge dimanche prochain : YESSSS !

     
  8. alain

    23 February 2014 at 17 h 59 min

    Beaucoup de bonheur en te lisant.. et aussi des frayeurs ! Je n’ose pas imaginer ce que sera les petites angoisses quand tu seras au Groenland. Heureusement faute d’ internet, on n’aura les nouvelles qu’à postériori. Bisous!

     
  9. CaYuS

    23 February 2014 at 18 h 13 min

    Line > Merci cousine! Et oui, tout est filmé à la GoPro 3. Vraiment pas mal ces petites bestioles!
    Excellent pour votre prochain voyage. Prends plein de photos et tu me raconteras bientôt. Gros bisous

    Papa > C’est l’avantage du blog… tant que je le mets à jour cela veut dire que tout s’est bien passé. ;))
    Je suis curieux également de savoir ce que cela va donner au Groenland. Réponse dans quelques semaines !

     
  10. mctoupet

    23 February 2014 at 20 h 31 min

    Que de beaux moments…. à savourer tranquillement….. je vais revenir un peu plus longuement sur toutes tes épopées…. En tou ca encore énorme Merci pour le reportage !!! je t’aime… Prends soin de toi !!! et profites en bien !!!!

     
  11. CaYuS

    23 February 2014 at 20 h 33 min

    Maman > Merci beaucoup ! De gros bisous et bonne fin de week end ! :)

     
  12. Raboisson Jacques et dany

    1 March 2014 at 10 h 04 min

    Quelques semaines sans visite de ton blog et là depuis une heure j’écarquille les yeux! Quel souffle de fraicheur et d’enthousiasme! Super reportages, tu es un conteur captivant. A bientôt pour la suite.

     
  13. CaYuS

    1 March 2014 at 19 h 52 min

    Jacques & Dany > Merci pour la visite et la gentille attention. A bientôt!

     
  14. Nico

    27 March 2014 at 16 h 27 min

    ca fait révé!!!!

     
  15. CaYuS

    27 March 2014 at 16 h 29 min

    Merci cousin !